On vous a appris à tourner. Épaules, hanches, buste : le golf raconté comme un mouvement de rotation. C'est vrai, mais incomplet. La mesure sur plaques de force montre qu'une grande partie de la vitesse vient d'ailleurs, de la façon dont vous poussez sur le sol. Entre un joueur qui le fait bien et un joueur qui le fait mal, l'écart se compte en dizaines de mètres.
Le sol vous répond
Newton l'a écrit avant nous : à chaque action correspond une réaction opposée. Quand vous poussez sur le sol, le sol vous repousse. C'est exactement ce qui se passe quand vous marchez, quand vous sautez, quand un basketteur décolle pour un rebond.
Au golf, ce phénomène porte un nom : la force verticale. Elle ne remplace pas la rotation, elle la précède et la nourrit. Regardez les meilleurs joueurs et joueuses aujourd'hui : beaucoup poussent tellement fort sur leur jambe avant à l'impact que leurs pieds quittent presque le sol. Ce n'est pas une faute de style. C'est le signe d'une extension complète et d'une vitesse de tête de club maximale.

Ce que trois joueurs différents produisent
Le tableau ci-dessous vient d'un dossier que j'ai signé dans le magazine Practice en juin 2019. Trois utilisations du sol, mesurées sur plaques de force. Le pourcentage indique la pression exercée dans le sol, rapportée au poids du joueur : 100 % à l'adresse, c'est simplement son poids.
| Utilisation du sol | Adresse | Mi-descente | Impact | Vitesse de club | Carry |
|---|---|---|---|---|---|
| Mauvaise | 100 % | 80 % | 130 % | 100 mph | 225 m |
| Entre-deux | 100 % | 130 % | 80 % | 108 mph | 240 m |
| Bonne | 100 % | 150 % | 25 % | 115 mph | 260 m |
Mesures publiées dans Practice, juin 2019
Lisez la ligne du haut et celle du bas. Même joueur, même club, trente-cinq mètres d'écart. Et remarquez surtout où se situe la différence : elle ne se joue pas à l'impact, elle se joue avant.
Le point cléLe bon joueur a déjà fabriqué son énergie à mi-descente, quand il pèse 150 % de son poids dans le sol. À l'impact, il ne pèse plus que 25 % : il est en train de s'alléger, propulsé vers le haut. Le mauvais joueur fait l'inverse et s'écrase sur la balle.
L'erreur la plus fréquente
Elle est simple à décrire. Le joueur ne crée pas de pression pendant la reprise d'appuis. La pression dans le sol monte quand même, mais elle atteint son maximum après l'impact. Le corps s'affaisse, et la puissance arrive quand la balle est déjà partie.
Visuellement, cela donne un joueur qui semble s'asseoir sur la balle, qui perd sa hauteur, et dont le bras avant se plie pour compenser. On lui dira qu'il « manque de tonus ». En réalité, il produit sa force au mauvais moment.

Trois sensations, du plus timide au plus efficace
Entre l'erreur et la solution, il existe un stade intermédiaire, et il a son utilité.
- La reprise timide. Une faible augmentation de la force dans le sol, qui entraîne un léger allègement. Ce n'est pas puissant, mais c'est stable. Idéal pour un petit drive que l'on veut placer.
- L'affaissement. Aucune pression créée en amont, un maximum atteint après l'impact. Rien à en tirer.
- La bonne reprise. Une augmentation franche de la force dans le sol, qui déclenche une réaction et repousse le joueur vers le haut. C'est un effet ressort, et c'est ce qui permet de s'alléger juste avant l'impact.
Les quatre temps de la séquence
Pour l'installer, je découpe le mouvement en quatre repères simples.
- Je m'installe. À l'adresse, le joueur pèse 100 % de son poids, réparti sans tension.
- Je crée ma diagonale de force. Pendant le backswing, la répartition des appuis se décale, sans que le buste ne parte en arrière.
- Je charge. En début de descente, la pression augmente franchement dans le sol. C'est le moment qui décide de tout.
- Je m'allège. Le sol renvoie la force, le corps monte, le club accélère. La tête suit, elle n'a pas besoin qu'on la retienne.

Comment savoir où vous en êtes
Sans matériel, deux indices vous renseignent. Le premier : vos pieds. Si vos talons restent collés au sol au moment de l'impact et que vous perdez de la hauteur, la force arrive trop tard. Le second : vos divots et votre contact. Un joueur qui s'affaisse gratte plus souvent qu'il ne le devrait, parce que son point bas recule.
Avec des plaques de force, il n'y a plus d'interprétation. La courbe montre l'instant exact où la pression monte, celui où elle redescend, et l'écart entre les deux pieds. En une séance, vous savez lequel des trois profils est le vôtre, et vous voyez la courbe changer pendant que vous travaillez.

Questions fréquentes
Faut-il sauter pour frapper plus loin ?
Non. Le décollement des pieds observé chez certains joueurs professionnels est une conséquence, pas un objectif. Chercher à sauter volontairement dérègle la séquence et le contact. Ce qui compte, c'est de pousser dans le sol au bon moment, pendant la première partie de la descente.
Qu'est-ce que la force verticale au golf ?
C'est la force que le joueur exerce vers le bas dans le sol, et que le sol lui renvoie vers le haut. Mesurée sur plaques de force, elle s'exprime en pourcentage du poids de corps : 100 % à l'adresse, jusqu'à 150 % à mi-descente chez un joueur efficace.
Peut-on travailler ses appuis sans plaques de force ?
Oui, avec des exercices de saut et de transfert, et en filmant de face. Mais la mesure reste le seul moyen de savoir quand la pression monte. Deux joueurs peuvent avoir la même image vidéo et des courbes de force opposées.
Cela s'applique-t-il aussi aux fers ?
Oui. La séquence est la même, avec des amplitudes plus faibles. Une bonne utilisation du sol améliore surtout la régularité du point bas, donc la qualité du contact et le contrôle des distances.
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Alvin Pivaty est enseignant de golf PGA France Master Professional, certifié TrackMan Master et CAPTO Expert. Ancien joueur professionnel, il enseigne à Marrakech et accompagne des joueurs amateurs élite et professionnels.